samedi 7 mai 2011
5:40 pm in madagascar - Kenzo [La sirène de la Mangrove]
A reprendre en grand format, tout vite, plus reposée
Une nuit folle à danser, encore dans le brouillard de 3h de sommeil, envoutée pour mes 26 ans...
Plus jeune, j'ai longtemps porté Parfum d'été, en jonglant avec Lolita Lempicka.
On me propose toujours des orientaux en parfumerie que je trouves trop capiteux, le sillage de ces parfums me semblent souvent trop lourd.
Ma maison de prédilection reste l'Artisan Parfumeur, tant pour homme que pour femme.
J'ai été enchanté par Un jardin sur le Nil d'Hermès, pour ce santal éveillé par la mangue et le lotus.
Puis j'ai fini par me tourner vers une eau de parfum simple, vu la chaleur ici, à base de fleur de cerisier.
Ce matin, parmi mes cadeaux, ce parfum.
Le nom me ramène à mon enfance, au romazava de ma grand mère, à son sourire lorsqu'elle fait résonner un Veloum au moment de s'en aller.
Le nom seul fait vibrer en moi ses souvenirs à elle de sa vie là bas, l'Antananarivo de l'époque post coloniale, encore fleurie, encore vivant malgré la guerre en Europe.
Je revois ces rues de poussière rouge que j'ai arpenté, les images qui se superposent depuis son regard à elle.
Je sens encore la puissance des effluves tièdes en sortant de l'aéroport lorsque j'avais 12 ans, et puis plus tard encore.
Le même frisson, la même vibration.
La rivière longée en fin d'après midi.
La marée montante au soleil couchant.
Les tourbillons brunâtres de l'eau qui redevient pur au petit jour levé.
Cette malgache imposante, aux seins lourds, assise derrière moi sur un tabouret de bois, moi la petite blanche à la peau de bronze à même la poussière du sol, encore salée de l'océan, tenant ma nuque comme un de nos exercices de cours du Conservatoire, pendant qu'elle tressait mes longs cheveux bruns roussis par le soleil.
Un moment de féminité pendant ces jours mêlés aux garçons.
Les pirogues à balanciers sur la plage où on jouait au foot, en se rafraîchissant avec du coca qu'on partageait.
Ce matin où les enfants m'ont fait découvrir les conques magnifiques et les énormes étoiles de mer rouge orangé.
Le sourire du plus grand qui me disait que je pouvais attraper l'étoile de mer et la garder si je voulais.
Mon regard émerveillé, et ce choix de laisser là cette étoile qui pourrait faire vivre un temps.
Ce matin où en bateau de pêcheur, les dauphins ont nagé à porter de caresse, jusqu'à ce qu'on arrive aux abords de Nosy Tanikely.
Je peux encore goûter la saveur du poisson frais, celle de ces petits pots d'oeufs au lait que j'allais chercher chez une jeune maman qui me proposait toujours des brochettes de zébu, celle du thé noir brûlant adoucie par le lait concentré sucré.
Ma mémoire m'amène au dessus de ces kilomètres d'eau et de terre rouge, à l'intérieur de ces piques acérés, dans le velours des lémuriens, sous la poussière qui chante l'Afrique et l'Indonésie.
Rien que le nom du parfum...
Je reproches souvent aux parfumeurs de réserver les boisés aux hommes.
Le cèdre a cette puissance enveloppante, cette chaleur acidulée incomparable qui me ramène aux épicéas du Maïdo.
Le freesia vient nimbée d'une brume envoutante une vanille délicate, presque poudrée, épanouie dans le lotus.
La vanille me paraît souvent trop forte, trop entêtante en parfumerie.
Chez Kenzo, elle est là fois sauvage et sophistiquée, au coeur même de son essence, magnifiée.
Une édition spéciale, vendue exclusivement pour ceux qui s'en vont ou qui reviennent.
Un présent idéal qui m'emporte, m'habille comme aucun autre parfum ne pourrait le faire.
Quelques gouttes où miroitent tous ces ailleurs que je guettes depuis mon ici.
Quelques gouttes qui me rappellent de savourer la chance que j'ai de ne pas manquer de l’essentiel pour vivre.
La présence solaire d'une amie que j'adore qui est de là bas.
Celle de mon frère qui y vit depuis plusieurs années maintenant.
Le sourire de Toki, un petit camarade d'école, qui nous disait à nous les filles que si on arrivait à dire son nom de famille, on pourrait se marier avec lui.
Juste... juste du pur bonheur dans un flacon.
Un parfum dit beaucoup d'une femme.
On a trouvé pour moi celui que me donne le sentiment de me révéler dans une brume, à deux pas des bras de la nuit...
Prêt, tout prêt de cette façon que j'ai de sentir Dewi Bawang dans mes propres pas.
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