" C’était un garçon, comment dire, un garçon flottant.
Moi aussi, je flottais.
Nous flottions tous les deux comme des nénuphars dans ce grand appartement qui donnait sur les toits.
Nous faisions partie du paysage.
Pendant des heures, il essuyait les feuilles des ficus. Avec cette même application, cette même douceur, cette même patience obstinée, il me caressait. Tout méritait la même attention: les chevilles et les feuilles, les nervures et la bouche, le mollet, et le tronc, les lignes de la main. Chaque centimètre carré de mon corps, comme on effleure le dos des livres d'une bibliothèque qui vous impressionne.
Des heures comme ça.
ficus, poignet, ficus, omoplate, ficus, ficus, ficus - coude, clavicule, plante des pieds, je devenais une branche sur le lit, un tronc prenant ses racines dans les plis du drap [...].
Comment expliquer? Un corps qui bouge, pleinement, absolument présent, mais présent à une autre réalité.
Comme un danseur qui danserait merveilleusement, mais pas pour toi."
Marie Nimier - Le Ficus in Vous dansez?
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