vendredi 10 juin 2011

Paul Valéry in Histoires Brisées

" je suis comme je suis, je prends mon parti, mais je ne m'aime pas du tout. j'aime les êtres que j'aimerais d'être, et ceux que j'aimerais comprendre. les autres peuvent bien mourir et...



Ce qu'on nomme l'Amour fut dans ma vie ce que furent dans d'autres vies plus singulières, et sans doute plus profondes que la mienne, certains événements rares et secrets, des révélations, des apparitions, des coïncidences, des lumières inattendues... Ce sont comme des accidents très graves qui se produisent sur le chemin de la vie, ont des suites extraordinaires et nous laissent tout autres que nous étions, pour avoir tiré de nous des effets surprenants, qui nous seraient demeurés toujours inconnus et même inimaginables, si tel choc ou tel instant ou telle heure pénétrante entre toutes ne fût pas venue nous jeter hors de notre voie assurée.
On a dès lors un commerce tout nouveau avec soi-même, et ceci est toujours possible.
[...]
Mais j'ai eu tord de prononcer ce mot Amour. Il m'est tout simplement odieux. Il mêle tout: un besoin, un divertissement, - une danse animale -, une terrible maladie qui brouille l'esprit et les nerfs, - une idolâtrie avec ses rites, ses superstitions, ses sacrifices, ou une sorte de somnambulisme, avec ses chutes du toit dans la rue..."

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